L’impact des crises économiques sur la survie des entreprises en 2025
La crise sanitaire mondiale a laissé des traces indélébiles sur le paysage économique de Saint Laurent-du-Maroni. Cinq ans après le confinement, la ville fait face à des défis sans précédent. Les bouleversements qu’a connus l’économie locale ont mis en évidence la résilience des entrepreneurs, mais aussi les fractures structurelles qui demeurent. Nous examinons comment les entreprises, en particulier celles de la restauration, du transport et des services, ont dû s’adapter à un environnement en constante évolution. Au-delà de la survie, c’est une véritable transformation qu’a entreprise l’économie, marquée par l’émergence de l’informel, la digitalisation et des changements profonds dans les habitudes de consommation.
Les conséquences du confinement sur les entreprises de Saint-Laurent-du-Maroni
Mars 2020 a marqué un tournant pour les acteurs économiques de la ville. Le confinement a agi comme un véritable choc pour de nombreuses entreprises, les plongeant dans une crise inattendue. Dans le secteur de la restauration, les établissements se voient contraints de fermer leurs portes du jour au lendemain, entraînant un arrêt brutal des activités.
Adam Koulibaly, un restaurateur local, témoigne de l’impact immédiat : « On nous a demandé de fermer du jour au lendemain, sans solution alternative. Nous avons dû nous réinventer. » Les options de vente à emporter et de livraison, jusque-là peu développées, ont alors été envisagées comme uniques alternatives. Cette nécessité d’adaptation a conduit certains à embrasser le digital, notamment via les réseaux sociaux pour promouvoir leurs services et faciliter les commandes.
La diversité des secteurs face à la crise
Tandis que la restauration souffre, d’autres secteurs, comme le transport scolaire ou le BTP, présentent une réalité plus nuancée. Victor Bantifo, responsable dans le domaine du transport et des travaux publics, a connu des situations contrastées. « Le transport scolaire a été à l’arrêt, mais dans le BTP, on a continué à travailler en respectant les gestes barrières », explique-t-il. Ce témoignage illustre les disparités de la crise, démontrant que certains secteurs étaient mieux équipés pour naviguer dans cette tourmente.
Dans cette période, les aides gouvernementales, telles que le chômage partiel et les prêts garantis, ont été cruciales pour maintenir des entreprises à flot. Cependant, ces soutiens ont également mis en lumière des abus, notamment dans le cas de fraudes qui ont touché certains artisans, conduisant à des rebondissements complexes dans l’après-crise.
Adaptations et innovations face à la crise économique
Les entreprises locales ont fait preuve d’une incroyable capacité d’adaptation. Face aux incertitudes, beaucoup ont su tirer parti de leur créativité et de leur débrouillardise. Dans le secteur de la restauration, par exemple, certains établissements ont réussi à se transformer, adoptant de nouvelles méthodes de vente basées sur la livraison. Les réseaux sociaux sont devenus des outils essentiels pour atteindre leur clientèle, tandis que d’autres, hélas, ont été contraints de fermer leurs portes de manière définitive.
La digitalisation forcée a également redéfini les pratiques professionnelles. Le télétravail, longtemps perçu comme une option marginale, est devenu une norme pour de nombreux secteurs. Victor Bantifo souligne que cette période a poussé les entrepreneurs à gérer une partie de leurs activités à distance. « On n’aurait jamais imaginé cela avant », indique-t-il, illustrant la transformation des mentalités face à l’innovation technologique.
L’essor de l’économie informelle
Au-delà des circonstances exceptionnelles, le confinement a agi en tant que catalyseur pour le développement d’une économie informelle. Ingrid Madeleine, responsable à la CCIG, observe que cette dynamique s’est étendue bien au-delà du secteur de la restauration. « L’informel s’est développé dans divers domaines, tels que le transport, la formation et le bien-être », ajoute-t-elle. Pour certains, cette situation a été l’occasion de structurer une activité, tandis que d’autres ont opté pour une économie de survie.
Cette économie informelle, initialement perçue comme une réponse temporaire à un besoin urgent, s’est ancrée de manière plus permanente dans le tissu économique local. Aujourd’hui, elle représente un défi de taille pour les commerçants et restaurateurs déclarés, forcés de réagir face à une concurrence non régulée.
Une réorganisation économique en profondeur
En 2025, les effets durables du Covid-19 se font encore sentir dans le paysage économique de Saint Laurent-du-Maroni. Pour les restaurateurs, les habitudes de consommation des clients ont évolué de manière significative. Adam Coulibaly observe que « les gens ne sortent plus comme avant. Les préoccupations de sécurité ont changé les mentalités. Beaucoup préfèrent désormais manger chez eux ». Ce changement pousse les restaurateurs à repenser leurs modèles économiques et leurs stratégies de vente.
Ingrid Madeleine souligne également que cette mutation du marché a des conséquences sur l’équilibre économique local. « Ce qui devait être une solution temporaire est devenu un mode de vie. L’économie informelle est aujourd’hui un concurrent direct pour les commerces et restaurants déclarés. » Les défis sont également aggravés par l’augmentation des charges sociales, qui rendent la survie incertaine pour de nombreux établissements.
Le regard des entrepreneurs sur l’avenir
Malgré l’incertitude qui persiste, certains entrepreneurs ont su tirer des leçons de la crise. Victor Bantou partage sa nouvelle perspective : « Maintenant, on réfléchit différemment avant d’investir. Nous savons qu’une autre crise peut survenir à tout moment, et il est impératif d’être préparé. » Cette prise de conscience pousse à repenser les modèles d’affaires face à un environnement changeant.
D’un autre côté, l’après Covid a également mis en exergue des lacunes structurelles. Un ancien entrepreneur devenu retraité constate que le manque de transports en commun, les inégalités économiques et la précarité de certaines entreprises sont des défis persistants. Cette crise a donc révélé des problèmes enfouis, qu’il devient impératif d’adresser pour favoriser un réel redressement économique.
Vers un développement durable et équilibré
Cinq ans après la crise, l’économie de Saint Laurent du Maroni continue de faire face à des défis significatifs. Les entreprises qui ont survécu naviguent dans un contexte complexe, marqué par l’émergence d’un marché informel en plein essor et la nécessité d’une régulation adéquate. Ingrid Madeleine conclut : « Nous devons trouver un équilibre entre structuration et flexibilité. » Cette réflexion collective sera essentielle pour rétablir un environnement économique durable.
Alors que le tissu économique se réorganise lentement, il devient impératif de tisser des liens entre l’économie formelle et informelle. « L’économie guyanaise a prouvé qu’elle peut s’adapter, mais elle ne peut pas s’appuyer uniquement sur l’informel », souligne Ingrid. Des initiatives doivent être mises en place pour intégrer ces deux mondes, assurant ainsi un développement harmonieux et pérenne pour l’avenir.